L'euro numérique

Après des semaines et des mois de négociations intenses au Parlement européen, Damian Boeselager, député européen Volt refais enfin surface. Mais cela en valait la peine ! Nous avons obtenu des avancées importantes et trouvé des compromis solides sur plusieurs textes législatifs qui me tiennent à cœur. L’un d’entre eux concerne l’euro numérique.

21 juil. 2026
Portrait de Damian Boeselager

Depuis des années, je travaille sur ce dossier pour faire de l’euro numérique une réalité. Aujourd’hui, la commission des affaires économiques et monétaires a adopté sa position finale, et je suis fière que nous ayons réussi à en faire un projet solide, pratique et bénéfique pour tous les Européens. Nous allons maintenant entamer des négociations avec la Commission européenne et les États membres. Nous sommes sur la bonne voie, et l’euro numérique pourrait se retrouver dans votre portefeuille dès 2029.

Payer à l’européen

Je me suis toutefois rendu compte que beaucoup de gens ne comprennent toujours pas vraiment en quoi consiste ce projet, quelle valeur il apporte, ni pourquoi il pourrait véritablement révolutionner la manière dont les Européens effectuent leurs paiements. Les idées fausses sont également nombreuses : ce système est-il sûr ? Va-t-il remplacer l’argent liquide ? S’agit-il d’un outil de surveillance de masse ? Je peux vous assurer que nous avons mis au point un système qui permet à chacun de choisir d’utiliser ou non l’euro numérique, tout en garantissant la confidentialité et la sécurité auxquelles les citoyens sont en droit de s’attendre. Permettez-moi de vous expliquer les principaux compromis sur lesquels nous nous sommes mis d’accord.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur l’euro numérique, le monde était très différent, tout comme mes priorités. À l’époque, je le considérais principalement comme un levier d’innovation et la preuve que l’Europe est encore capable de développer ses propres solutions de paiement modernes. Cela reste vrai, mais aujourd’hui, les priorités ont changé. L’euro numérique est également une monnaie « anti-Trump ». Il s’agit d’un système de paiement européen qui réduit notre dépendance vis-à-vis des grands prestataires américains et contribue à garder notre argent sur ce continent. Compte tenu de la direction prise par les États-Unis, l’Europe doit réduire ces dépendances. Nous avons déjà vu Trump utiliser un « kill switch » contre l’IA, coupant ainsi l’Europe des dernières avancées technologiques. Nous ne savons tout simplement pas s’il pourrait un jour faire de même avec Visa ou Mastercard, que ce soit à l’encontre de personnes qu’il n’apprécie pas ou même à une échelle bien plus grande. Cela mettrait en péril environ un cinquième du PIB européen.

Flexible, confidentiel, équitable

Une fois mis en place, l’euro numérique offrira une alternative européenne directe aux cartes de paiement que nous utilisons aujourd’hui. À l’heure actuelle, aucun des principaux systèmes de paiement numériques n’est entièrement sous contrôle européen. L’euro numérique changera la donne. Il sera adossé et garanti par la BCE, tout comme l’argent liquide l’est aujourd’hui, garantissant ainsi à chacun l’accès à un moyen de paiement stable et fiable. Nous avons également convenu qu’il pourra être utilisé aussi bien en ligne qu’hors ligne, ce pour quoi je me suis battu avec acharnement. Cela signifie que vous pourrez effectuer des paiements, que votre téléphone soit connecté à Internet ou non. Cela rendra également l’euro numérique particulièrement utile en cas de coupure de courant, lorsque les terminaux de paiement et les distributeurs automatiques risquent de ne plus fonctionner.

L’euro numérique s’accompagnera également de solides mesures de protection de la vie privée. Votre banque saura quand vous transférez de l’argent de votre compte vers votre portefeuille numérique – cela ne pourrait pas fonctionner autrement –, mais elle ne verra pas ce que vous achetez ni à qui vous payez. De même, la BCE pourra vérifier qu’une transaction a bien eu lieu, mais pas ses détails. En ce sens, cela fonctionne un peu comme l’argent liquide : une fois que les euros numériques sont dans votre portefeuille, la façon dont vous les dépensez ne regarde que vous.

Nous nous sommes également battus pour les petits commerçants, dont beaucoup étaient sceptiques à l’égard du projet. Aujourd’hui, ils paient des frais élevés chaque fois que vous utilisez une carte, c’est pourquoi votre épicerie de quartier préfère souvent les espèces. Je dis : Visa et Mastercard ont mis la main dans les poches des petites entreprises européennes pendant assez longtemps. L’euro numérique entraînera des frais de transaction, mais nous avons veillé à ce qu’aucun commerçant ne se retrouve dans une situation moins favorable qu’aujourd’hui et à ce que les plus petites entreprises paient en réalité moins. Cela devrait rendre l’acceptation des paiements en euros numériques particulièrement intéressante.

L'Argent liquide est essentiel

Enfin, beaucoup de gens craignent que l'argent liquide ne disparaisse. J'ai même reçu des questions de journalistes qui pensent qu'il s'agit d'un plan de l'UE visant à obliger tout le monde à payer par voie numérique. Ce n'est pas le cas. Nous avons prévu des garanties solides en faveur de l’argent liquide dans la législation. L’euro numérique n’est qu’un moyen de paiement supplémentaire, venant s’ajouter à l’argent liquide et aux cartes. Nous avons clairement stipulé que l’argent liquide doit continuer à être accepté, tant dans les commerces qu’aux distributeurs. Nous avons également renforcé l’accès à l’argent liquide en exigeant des États membres et des banques qu’ils maintiennent et, si nécessaire, développent les infrastructures requises. Tout est une question de choix : utilisez l’euro numérique si vous le souhaitez, ou continuez à utiliser l’argent liquide si vous préférez.

Je pense que nous sommes désormais sur la bonne voie. L’euro numérique arrive, et ce n’est pas trop tôt. Il renforcera l’autonomie de l’Europe, favorisera l’innovation, offrira de nouvelles opportunités aux consommateurs et aux entreprises et, à terme, fera partie intégrante de la vie quotidienne. Si nous y parvenons, ce sera une véritable réussite européenne.