Journée mondiale de la liberté de la presse
L'Europe doit aller au-delà des belles paroles
C'est aujourd'hui la Journée mondiale de la liberté de la presse, mais il y a peu de raisons de se réjouir. La liberté de la presse est soumise à de fortes pressions partout dans le monde, y compris au sein de l'Union européenne, ce phare de la liberté et de la démocratie.
Des médias libres, indépendants et pluralistes sont essentiels ; ils sont l'oxygène de la démocratie. Des médias libres sont indispensables pour permettre le contrôle public et demander des comptes au pouvoir. Les médias libres constituent le meilleur remède contre la corruption.
La liberté de la presse dans l’UE devrait être une priorité absolue. Les responsables politiques ne font que des promesses en l’air en matière de liberté des médias, mais dans de nombreux cas, ce sont eux qui constituent la véritable menace.
Cela inclut plusieurs, voire la plupart, des gouvernements des États membres de l’UE, alors qu’ils devraient être les garants de la liberté des médias. Il ne suffit pas d’adopter des politiques européennes en faveur de la liberté des médias si, dans le même temps, l’UE ferme les yeux sur le harcèlement, l’intimidation et les menaces dont font l’objet les journalistes et les médias de la part des gouvernements des États membres.
Garantir la vérité et la justice pour les journalistes assassinés Daphne Caruana Galizia, Jan Kuciak et Giorgos Karaivaz. Cela doit se faire en 2026. Il est intolérable que, tant d’années après ces meurtres, les meurtriers et/ou les commanditaires soient toujours en liberté. Mais la justice pour ces meurtres ne suffit pas : il faut mettre fin à l’impunité pour les crimes et la corruption sur lesquels ils enquêtaient. Les partis politiques en Europe doivent cesser de protéger leurs membres qui font obstruction à la justice.
Il faut appliquer une tolérance zéro face aux menaces et aux attaques proférées par des responsables politiques à l'encontre des journalistes et des médias. Les poursuites abusives (SLAPP) et les attaques par logiciels espions menées contre des journalistes par des membres des partis au pouvoir doivent être considérées comme de graves violations de l'État de droit et doivent être immédiatement sanctionnées par l'Union européenne, notamment par le gel des fonds européens.
La Commission européenne doit se rappeler sa mission de gardienne des traités et sévir contre la mainmise politique sur les médias publics ainsi que contre les liens corrompus entre oligarques, médias et partis politiques. Les législations nationales restreignant la liberté des médias ou l’accès à l’information, ou les coupes budgétaires visant les médias critiques à l’égard du gouvernement, doivent être considérées comme une violation de l’article 2 du TUE, car elles visent à saper la démocratie.
L'UE doit renforcer massivement son soutien financier au journalisme de qualité dans le prochain cadre financier pluriannuel. Un « bouclier démocratique » contre les fausses informations n'aura aucun sens sans un soutien simultané au journalisme factuel. L'UE et les États membres devraient également débattre du déséquilibre entre les grandes entreprises technologiques (américaines) qui engrangent des milliards d'euros pratiquement exempts d'impôts en diffusant de fausses informations visant à détruire notre démocratie, tandis que le journalisme de qualité lutte pour sa survie.
Enfin, chacun d’entre nous peut contribuer à soutenir le journalisme indépendant en s’abonnant, notamment à un ou plusieurs petits médias indépendants. Ils font un travail formidable, mais ils luttent souvent pour leur survie et peuvent être soumis à de fortes pressions de la part du gouvernement et du monde politique.
Pour une somme aussi modique que le prix d’un frappuccino par mois, vous pouvez soutenir un gardien de la démocratie.
Image rsf.org
Ceci est une traduction du Substack hebdomadaire de Sophie in´t Veld. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement les positions officielles de Volt.
Elle a été élue membre du Parlement européen en 2004, puis réélue en 2009, 2014 et 2019 pour le D66 hollandais. Pour élections européennes de 2024, elle était tête de liste de Volt Belgique.