Faiblesse ou Prudence ? l'Europe face aux menaces et aux actions de Donald Trump
Au lendemain de l'attaque sur Caracas et de l'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis, aucune mention n’en était faite dans la communication de l'exécutif européen sur les réseaux sociaux.
Si la position officielle de la commission européenne s'est limitée à un commentaire d'Ursula Von der Leyen, assurant que « l’union suivait la situation de près », seul l’espagnol Pedro Sanchez à déclaré sans détour que « bien que l’Espagne ne reconnaisse pas le régime Maduro », elle ne reconnaîtra pas non plus « une intervention qui viole le droit international.»
Quand, pour l'extrême droite populiste française, en la personne de Marine le Pen, du Rassemblement national (RN) « la souveraineté des Etats est inviolable, sacrée et … jamais négociable ». et pour Jordan Bardella , son successeur à la tête du RN « le renversement forcé d'un gouvernement depuis l'extérieur » ne sera jamais « une réponse acceptable », même face à une « dictature sanguinaire et impitoyable », le président français Emmanuel Macron s'est contenté de déclarer qu’il ne « verserait pas de larmes pour Maduro »
Tout aussi affligeants sont les commentaires des autres dirigeants européens, le chancelier allemand Friedrich Merz qualifiant l'évaluation juridique du raid américain de « complexe et nécessitant un examen attentif », tout en soulignant « l’illégitimité de Maduro en tant que dirigeant du Venezuela » , et Giorgia Meloni pour l’Italie qualifiant l’attaque « d'autodéfense légitime ».
Doit on donner raison à l’Europe pour sa prudence ?
Il faut reconnaître que l’Europe se trouve dans une situation délicate face aux prétentions de Donald Trump sur le Groenland et l’attaque éclair contre le Venezuela :
Accepter les actions des Etats unis contre le régime Maduro ce serait remettre en causes les principes juridiques à la base de son opposition à l’invasion de l'Ukraine par la Russie , et condamner ces actions risquerait de lui aliéner définitivement son principal allié en matière de sécurité et porter un coup fatal à l’unité transatlantique quand la défense collective contre la Russie est particulièrement nécessaire.
De plus, alors qu’il semblerait qu’un accord de paix soit sur le point d'être signé entre la Russie et l'Ukraine, avec la caution des Etats unis en ce qui concerne les garanties de sécurité pour Kiev, les dirigeants européens ne sont pas prêts à prendre le risque de le faire capoter.
D’une manière plus générale, ils préféreraient éviter de raviver les tensions commerciales, ou de compromettre ce qui reste des garanties de sécurité dont bénéficie encore l'Europe entière.
Cependant, en ce qui concerne le Groenland, après les déclarations de la dirigeante danoise Mette Frederiksen « Les États-Unis n'ont pas le droit d'annexer une partie quelconque du royaume du Danemark », et celle du premier ministre du Groenland accusant les États-Unis d'utiliser une rhétorique « totalement et absolument inacceptable » les dirigeants français, allemands, italiens, polonais, espagnols et britanniques ont clairement apporté leur soutien au Danemark en déclarant « Le Groenland appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland. »
Mais, à part envoyer symboliquement quelques militaires sur l'ile, sous couvert de manœuvres, bien malin qui pourrait dire quelles mesures concrètes et décisives l'UE et ses membres seraient prêts à prendre si les Etats unis mettaient leurs menaces à exécution.
Nous laisserons la conclusion au Dr John Cotter, chercheur en droit constitutionnel européen à l'université de Keele, selon lequel les dirigeants européens qui n'ont pas condamné l'attaque américaine sur Caracas « par crainte de provoquer la colère de Trump » ont omis deux points fondamentaux. « Premièrement, Trump se moque clairement de ce qu'ils pensent. Deuxièmement, il ne pourrait de toute façon pas les mépriser davantage. En fait, leurs réponses évasives... ne feront que renforcer son mépris. Les dirigeants européens auraient tout aussi bien pu faire preuve d'un peu de dignité. »