Défi n° 4 : L’essor de la Chine et la concurrence entre les modèles

L’émergence de la Chine en tant que puissance mondiale constitue le changement structurel déterminant à long terme de notre époque, représentant à la fois un défi économique, technologique, géopolitique et idéologique.

Sur le plan économique, la Chine est devenue la première source d’importations de l’UE et un redoutable concurrent dans des secteurs où l’Europe a historiquement occupé une position dominante, notamment les véhicules électriques, les technologies propres et l’industrie manufacturière de pointe. Sur le plan technologique, la Chine est en lice pour la primauté dans les domaines de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs et des infrastructures numériques, investissant à une échelle et à un rythme qui remettent en cause la domination tant européenne qu’américaine.

Sur le plan géopolitique, la Chine s’emploie activement à mettre en place des architectures multilatérales alternatives par le biais de l’initiative « Une ceinture, une route », de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et de l’expansion des BRICS, offrant aux pays en développement un modèle d’engagement différent, souvent assorti de moins de conditions en matière de gouvernance. La concurrence est également idéologique. La Chine propose une vision alternative du développement, de la souveraineté et de l’ordre international que de nombreux pays du Sud trouvent plus attrayante que le modèle occidental, qu’ils associent à des conditions, à l’exploitation historique et à deux poids deux mesures. Se contenter de réaffirmer les valeurs européennes ne suffit pas. L’UE doit démontrer, par des actions concrètes et un partenariat crédible, que son modèle donne des résultats, tant pour les Européens que pour les autres.

L'essor de la Chine4 : Réforme multilatérale : une seule voix, un seul siège

Vers une politique étrangère européenne commune et des structures décisionnelles réformées au sein des Nations unies

L’approche à trois vitesses ne fonctionne que si l’UE s’exprime d’une seule voix. La fragmentation des positions nationales au sein des instances multilatérales sape toute coalition que l’UE tente de construire.

Aucun autre outil ne permet à l’UE de devenir une entité unie autant que le statut de jure et de facto d’acteur unifié sur la scène internationale (Mballa 2026 : 90).

À long terme, l’UE a besoin d’un ministère des Affaires étrangères de l’Union européenne chargé de mener une véritable politique étrangère européenne commune, y compris au sein de toutes les institutions multilatérales.

À plus court terme, le processus décisionnel en matière d’intervention multilatérale doit être réformé : nous appelons au transfert du siège permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU vers un siège de l’UE occupé par un représentant jouissant d’un statut politique équivalent à celui d’un commissaire, confirmé par un vote à la majorité du Parlement européen, complété par une représentation permanente de l’UE au sein de toutes les agences des Nations unies afin de coordonner les positions et les actions des États membres dans tous les secteurs.

Concernant la réforme de l’ONU de manière plus générale, nous appelons à un Conseil de sécurité qui reflète mieux le monde tel qu’il est : à court terme, davantage de sièges permanents attribués à des régions sous-représentées, une augmentation du nombre total de sièges pour refléter la diversité régionale, économique et démographique, et, comme ambition à long terme, la suppression des sièges permanents au profit d’élections régulières par l’Assemblée générale parmi un groupe de groupements régionaux, y compris des sièges pour des organisations telles que l’Union africaine.

Parallèlement, le processus décisionnel au sein de l’ONU devrait être réformé afin qu’il puisse fonctionner correctement et s’adapter au XXIe siècle. Au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, l’unanimité devrait être remplacée par une forme de vote à la majorité pour les questions liées au génocide, aux crimes contre l’humanité ou aux crimes de guerre, y compris les résolutions légitimant des interventions militaires. Un seuil moins élevé devrait être introduit pour permettre à l’Assemblée générale de passer outre aux décisions du Conseil de sécurité. Une Assemblée parlementaire des Nations unies (UNPA) devrait être créée afin de servir de modèle de démocratie représentative au niveau des Nations unies, dont le mandat et le champ d’action pourraient être élargis au fil du temps, notamment pour passer outre aux vetos du Conseil de sécurité. Une Initiative des citoyens du monde des Nations unies (UNWCI) devrait être créée afin que les citoyens puissent faire entendre leur voix directement au niveau des Nations unies.

La coordination interne de l’UE est sans équivalent parmi les organisations régionales, ce qui constitue un atout au-delà de ses propres frontières. Lorsque certains pays ne disposent pas des capacités nécessaires pour se coordonner efficacement au niveau multilatéral, l’UE peut intervenir en tant que facilitatrice, favorisant la formation de coalitions non seulement dans son propre intérêt, mais aussi au service du système multilatéral.

Remarque sur le champ d’application : l’ONU mène actuellement un processus de réforme interne – l’initiative « UN80 » – qui porte sur la révision de son architecture financière, de la répartition des sièges à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité, des mécanismes de vote et de sa structure sectorielle. Le présent document ne présente pas de proposition globale détaillée de réforme de l’ONU, mais expose plutôt la manière dont l’UE devrait se positionner au sein du système existant et contribuer activement à façonner ce processus.