L'Europe a besoin de médecins, pas de charlatans

Alden Bisen annoncera-t-il la renaissance ou la fin du marché unique ?

Cette semaine, les dirigeants nationaux et la Commission se réuniront dans l'élégant château d'Alden Biesen pour discuter des mesures à prendre afin de rendre l'Europe plus compétitive.

11 févr. 2026
un personnage a droite pratiquant une saignée sur un personnage assis a gauche

L'histoire de ce lieu est chargée de symbolisme.

Autrefois centre du pouvoir et de la richesse, il est devenu le symbole d'une époque révolue, incapable de s'adapter aux temps modernes. Il est tombé en ruine, au point que seule la façade était encore debout. Aujourd'hui, c'est un musée. Si l'Europe est incapable ou refuse de s'adapter à un ordre mondial en mutation, elle connaîtra le même sort.

Les signes ne sont pas encourageants. Les dirigeants nationaux savent pertinemment que la seule voie viable pour l'avenir est une intégration politique plus poussée et l'intégration du marché unique. Mais ils s'accrochent à leur souveraineté nationale telle qu'ils la perçoivent et se disputent sur chaque avancée possible. Au lieu de réformes, ils promettent une « déréglementation ». La « déréglementation » est devenue le mot à la mode. Mais elle ressemble davantage à la pratique médiévale de la saignée qu'à la médecine moderne : elle ne guérira pas le patient, mais l'affaiblira et, dans le pire des cas, entraînera sa mort. L'Europe a besoin de médecins, pas de charlatans.

La réglementation est présentée comme une nuisance, un obstacle inutile. Cette interprétation ignore le fait que la réglementation a été mise en place pour une raison. Comme la protection des consommateurs, des enfants ou des droits des travailleurs. Ou pour garantir des conditions de concurrence équitables sur le marché. La sécurité de nos aliments et des produits que nous achetons. Des règles qui nous protègent des pratiques prédatrices des géants de la technologie et de leurs tentatives de saper notre démocratie.  Des règles visant à protéger l'environnement dans lequel nous vivons et à atténuer les changements climatiques.

En bref, la réglementation reflète le type de société dans laquelle nous voulons vivre. Alors, en quoi ces règles sont-elles inutiles ? Quelles protections sont excessives ? Quels droits devraient être supprimés ?

Bien sûr, nous devons toujours chercher à rendre la mise en œuvre des règles plus efficace et moins contraignante. Mais sans toucher aux objectifs initiaux. Or, c'est précisément ce que fait la vague actuelle de « déréglementation » : elle sert de prétexte pour modifier et démanteler ces objectifs mêmes. Elle ne rendra pas l'Europe plus compétitive ou plus prospère, elle ne fera que modifier l'équilibre entre les coûts et les avantages. Elle privera en outre l'Europe de son outil géopolitique le plus puissant et accélérera la désintégration et la renationalisation en cours.

Ce n'est pas un hasard si le programme de déréglementation correspond entièrement à celui de Trump, Musk et Cie. Ils n'invitent pas poliment l'Europe à se déréglementer, ils nous font en fait chanter, nous intimident et nous contraignent à nous déréglementer, niant catégoriquement à l'Europe son propre processus décisionnel démocratique. La déréglementation profitera principalement aux entreprises américaines, et non aux entreprises européennes.

Plutôt que d'adopter les mesures que Trump tente de nous imposer, les dirigeants nationaux devraient résister et concentrer tous leurs efforts sur la mise en œuvre rapide des réformes préconisées par Draghi et Letta.

L'absence de progrès n'est pas due à un manque de bonnes idées. Le diagnostic est clair et le remède bien connu. L'Union européenne pourrait atteindre une croissance supplémentaire estimée entre 5 et 8 % si toutes les barrières nationales restantes étaient éliminées du marché intérieur. Mais depuis vingt ans maintenant, le projet phare de l'Europe, le marché unique, stagne car il se heurte à des blocages nationaux à chaque tournant. (Bien illustré dans ce blog de La Matinée). Les barrières nationales nous appauvrissent, elles ne nous enrichissent pas, mais les dirigeants nationaux sont récompensés par leur électorat pour leur résistance à l'Europe, et non pour sa construction.

Le résultat d'Alden Biesen doit être un accord visant à accélérer la mise en place du marché intérieur et à éliminer toutes les barrières nationales restantes, à achever rapidement l'union des marchés des capitaux et à introduire le 28e régime.

Cette semaine, les responsables politiques nationaux peuvent se comporter en charlatans et laisser le patient mourir, ou ils peuvent faire preuve d'un véritable leadership et donner à l'Europe le bon remède.


L'intégration pas la dérèglementation !

L'Europe a son propre processus décisionnel démocratique, utilisons le !