Le monde a besoin d'une agence européenne de développement de premier plan
À l'heure où les États-Unis ont brutalement réduit le programme USAID et où les budgets d'aide au développement sont réduits en Europe, Volt appelle les pays européens à ne pas abandonner l'aide publique au développement et à la mutualiser au sein de l'UE.

Qu'il s'agisse de contribuer à la sécurité alimentaire, de lutter contre les menaces sanitaires mondiales telles que le VIH et la tuberculose, d'atténuer les effets du dérèglement climatique ou de permettre l'éducation des parties les plus pauvres de l'humanité, dans un monde où le Nord et le Sud sont toujours séparés par un écart de niveau de vie insoutenable, l'aide extérieure est une pierre angulaire de la réalisation des objectifs de développement durable des Nations unies.
Dans cette optique, la décision de Donald Trump de suspendre tous les programmes américains d'aide à l'étranger et de fermer purement et simplement les programmes de l'agence américaine de développement (USAID) est irresponsable. Elle entraînera des souffrances humaines inutiles et des décès qui auraient pu être évités. De nombreux programmes essentiels pour les populations en situation difficile, comme celles du Sud-Soudan ou de l'Afghanistan, sont directement menacés. Alors que les États-Unis tournent le dos à leurs valeurs et se désengagent des politiques et des institutions multilatérales (comme le montre encore leur retrait de l'OMS et de l'Accord de Paris sur le climat), portant ainsi atteinte à leur crédibilité et à leur réputation, l'UE a l'opportunité et la responsabilité d'assumer le leadership en matière d'aide au développement et de donner plus de visibilité et de cohérence à ses engagements.
La tâche de l'UE ne doit pas être sous-estimée. Avec un budget de 43,8 milliards de dollars en 2023, l'USAID était le principal vecteur de la contribution américaine à l'aide publique au développement (APD). La fermeture brutale de ses programmes, le licenciement de son personnel et l'arrêt de ses financements sans préavis mettent en péril des milliers de projets dans certains des pays les plus pauvres du monde. Elle risque de détruire le savoir-faire et le capital relationnel de son personnel et des ONG partenaires.
La politique d'APD est née il y a 60 ans de la prise de conscience que l'écart de richesse entre les nations les plus riches et les plus pauvres devenait une menace pour la paix mondiale. Les États-Unis ont été l'un des pays fondateurs de cette politique qui, à partir de 1970, s'est accompagnée d'un objectif pour les pays membres de l'OCDE d'allouer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à son financement sous forme de dons, de prêts ou de garanties. En 2023, l'aide publique au développement des pays membres de l'OCDE a atteint le niveau record de 223 milliards de dollars.
Il est peu probable que ce niveau de financement se répète en 2025, car les États-Unis ne sont pas les seuls à réduire leurs programmes d'aide à l'étranger. De nombreux pays européens reviennent sur leurs propres engagements, sous la double pression des contraintes budgétaires et de la montée des discours populistes à court terme. Les Pays-Bas, par exemple, prévoient de réduire le budget de l'APD de deux tiers au cours des trois prochaines années. En Suède, en Allemagne et au Royaume-Uni, le budget de l'APD est réduit ou, plus insidieusement, détourné vers d'autres politiques, telles que le financement de l'accueil des réfugiés ou l'aide au retour des migrants. La Commission européenne elle-même a été touchée par cette révision à la baisse des engagements de solidarité internationale, en proposant une réduction de 2 milliards d'euros des crédits alloués aux pays les moins avancés, soit une baisse de 35% sur la période 2025-2027 par rapport à 2021-2024.
On assiste ainsi à un détricotage brutal aux États-Unis, et plus lent en Europe, d'une politique visant à éradiquer la pauvreté et à soutenir les économies les plus pauvres et les plus vulnérables « vers la paix et la prospérité », selon les termes des Objectifs de développement durable (ODD). Avec le dérèglement climatique et la crise de la dette, le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté augmente, tout comme le nombre de personnes souffrant de la faim, ce qui met en péril l'ensemble du cadre des ODD et ajoute des pressions migratoires cumulées qui déstabiliseront encore davantage des régions entières.
L'Union européenne doit réaffirmer son engagement en faveur des ODD et consacrer les moyens financiers pluriannuels nécessaires à leur réalisation. Actuellement, chaque État membre de l'UE gère son effort d'APD dans un cadre national, en fonction de ses propres priorités géographiques et thématiques. La plupart des États membres ont mis en place des agences de développement spécialisées (par exemple l'AFD pour la France, FMO pour les Pays-Bas, GIZ pour l'Allemagne). La multiplicité des acteurs européens, la dispersion des moyens et les inévitables redondances nuisent à la visibilité et à l'efficacité de l'action européenne.
Dans une perspective fédéraliste, Volt Europa propose de « communautariser » les financements et les mécanismes publics d'aide au développement. Ils seraient progressivement regroupés au niveau européen dans le cadre d'une Agence européenne de développement, qui disposerait à terme d'un budget de 0,7% du RNB de l'UE. L'Agence européenne de développement serait placée sous l'autorité du Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, qui serait chargé de veiller à ce que le Parlement européen délibère sur un plan pluriannuel d'aide au développement.
En outre, pour garantir un monde plus juste où les droits de l'homme et la démocratie ne sont pas facultatifs, Volt met en avant un « consensus de Strasbourg » dans les institutions multilatérales, fondé sur les principes suivants :
une renégociation de la dette des pays les moins avancés dans le cadre du Club de Paris, un groupe de grands pays créanciers.
l'introduction d'une nouvelle clause dans les contrats de prêts signés par les pays en développement suspendant automatiquement leur remboursement en cas de catastrophe naturelle de grande ampleur.
une refonte de la gouvernance des institutions internationales, en particulier le recrutement des dirigeants de la Banque mondiale et du FMI sur la base des compétences, et une plus grande participation des représentants de la société civile et des ONG dans les organes de gouvernance de ces institutions.
des conditionnalités négociées, liées à la lutte contre la corruption, au respect des droits des minorités et aux politiques de promotion et de protection des femmes.
Les États-Unis abandonnent leur engagement de 60 ans en faveur du développement et de la solidarité. La Chine poursuit une politique intéressée d'accès aux matières premières et aux infrastructures sous couvert d'aide au développement. Et la Russie exporte ses armes et ses mercenaires vers les pays les plus pauvres. En tant que partisane d'un monde fondé sur le droit international, l'UE doit d'urgence se doter d'un instrument d'aide au développement visible, puissant et solidement financé, fondé sur une vision à long terme de la politique étrangère et fortement ancré dans ses valeurs.
Dans le cas contraire, l'État de droit, la sécurité et la situation des droits de l'homme dans les pays du Sud se détérioreront, ce qui aura des conséquences dramatiques à l'échelle mondiale.