La liberté d'expression pour moi, mais pas pour toi ?

Il est temps que l'UE agisse pour défendre la liberté de la presse.

Nous sommes en 2026, année du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, l’une des manifestations les plus marquantes de la volonté d’un peuple de liberté et d’autodétermination face à l’oppression étrangère et au colonialisme européen.

4 juil. 2026

C’est également en 2026 que l’effritement de l’alliance transatlantique d’après-guerre entre les États-Unis et l’Europe a dépassé le stade de la perplexité et de l’aliénation pour entrer dans celui d’une concurrence stratégique ouverte. En effet, c’est aussi en 2026 que la liberté et la démocratie semblent être en recul à l’échelle mondiale. Une année où Reporters sans frontières a signalé que la liberté de la presse avait atteint son plus bas niveau mondial depuis 25 ans, plus de 50 % de la population mondiale vivant dans des conditions où le libre accès à l’information et aux médias indépendants reste une idée lointaine et non une réalité vécue.

Intimidation d’un journaliste devant la Commission européenne ?

Au-delà de la multiplicité des réalités de l’année 2026, le 250e anniversaire de la naissance d’une nation est un motif de célébration, notamment compte tenu de l’importance de la Déclaration d’indépendance américaine pour l’évolution de la démocratie libérale qui, à son tour, a posé les fondements de l’Union européenne d’aujourd’hui. À ce titre, lorsque le pays en question est un allié, il ne devrait y avoir aucune objection de principe à l’organisation de célébrations dans la capitale de l’Europe, sous l’égide des représentants officiels des États-Unis auprès de l’UE, de l’OTAN et de la Belgique.

Toutefois, quel que soit le pays à l'honneur, les célébrations nationales ne devraient pas se dérouler dans des lieux qui symbolisent la souveraineté et l'indépendance d'un autre pays, comme le parc du Cinquantenaire.

De plus, nous sommes en 2026, et l’administration Trump a transformé les festivités à Bruxelles en un défilé, réservé aux invités, de clichés nationalistes et de banalités corporatistes, au lieu de rendre hommage à une nation vieille de 250 ans, dont la force et l’esprit d’innovation découlent de sa diversité intrinsèque. Mais comme si cela ne suffisait pas, face aux questions des journalistes invités, l’ambassadeur des États-Unis en Belgique aurait instrumentalisé la police locale pour faire expulser ces journalistes sous le prétexte absurde qu’ils constituaient une « menace active ».

Cet incident est aussi révélateur qu’inquiétant. Il met en lumière les ambitions fondamentalement politiques de l’administration Trump, pour laquelle le libre accès à l’information et l’existence de médias libres et indépendants sont considérés comme des menaces pour le programme autoritaire qu’elle poursuit. Il est inquiétant par l’effronterie et l’agressivité avec lesquelles les membres de l’administration américaine exportent leur programme – tel qu’exposé dans la Stratégie de sécurité des États-Unis pour 2025 – vers l’Europe, non seulement en prononçant des discours hostiles et en soutenant des partis extrémistes, mais aussi en utilisant les forces de l’ordre à leurs fins, à deux pas du siège de la Commission européenne.

Nos institutions ne peuvent pas être des complices silencieux

Selon Reporters sans frontières, seul 1 % de la population mondiale vit dans des pays offrant de bonnes conditions à la presse. Le fait que ce 1 % vive en Europe est une maigre consolation, car la liberté de la presse est également sous pression dans la majeure partie de l’Europe, même sans les interventions inappropriées des ambassadeurs américains.

Il n’y a pas que les difficultés économiques auxquelles sont confrontés de nombreux médias indépendants et la suppression irresponsable des financements accordés aux chaînes publiques. Partout en Europe, les journalistes sont également la cible d’une vague de poursuites judiciaires, qui ne visent pas à rendre justice, mais à intimider et à réduire au silence. Nous assistons à la remise en cause systématique d’un paysage médiatique durable et diversifié par les gouvernements italien, slovène et slovaque. Sans oublier l’érosion lente et constante de la confiance, alimentée par les réseaux sociaux qui, autrefois espaces de contact et de connexion, sont devenus des marécages de désinformation et des labyrinthes de fausse propagande.

La situation des médias n’a que rarement été aussi critique, et il n’a jamais été aussi urgent que l’Union européenne et ses États membres renforcent leur soutien en faveur d’un paysage médiatique dynamique, libre, indépendant et diversifié. Lorsque la liberté d’expression et la liberté de la presse sont menacées, nos institutions ne peuvent pas se faire les complices silencieux de ces atteintes. Qu’il s’agisse de journalistes placés en détention, de nos droits individuels vidés de leur substance par l’« Omnibus numérique » de la Commission ou de la réintroduction, une fois de plus, du « ChatControl » par le président du Parlement européen, n’oublions pas que nos institutions européennes doivent avant tout être au service des citoyens. Elles doivent protéger nos droits à la liberté d’expression et à l’accès à des informations vérifiées et impartiales contre les menaces émanant tant de l’extérieur que de l’intérieur des frontières européennes.

La souveraineté naît de citoyens bien informés qui agissent collectivement pour garantir que leurs intérêts soient respectés, entendus et intégrés dans les processus décisionnels qui façonnent les contrats sociaux régissant nos vies. Car en fin de compte, les ennemis de la presse libre sont les ennemis des peuples libres. Nous sommes convaincus que les fondateurs des États-Unis du XVIIIe siècle seraient d’accord avec nous.