L'unité ne s'obtient pas par la pensée magique, mais par la réforme.
L'unité est le nouveau mot à la mode en Europe. C'est le nouveau mantra des dirigeants politiques. Une Europe unie est forte, une Europe divisée est faible. Cela semble formidable, cela semble logique ! L'unité est merveilleuse ! Tout le monde aime l'unité.
Mais que signifie exactement « l'unité » et à qui s'adressent ces appels ? Pouvons-nous le déduire des actions des dirigeants ? Le président français Macron appelle à l'unité, mais cherche à faire échouer l'accord commercial avec le Mercosur afin de satisfaire les agriculteurs français. Le Premier ministre belge De Wever appelle à l'unité, tout en bloquant l'utilisation des actifs russes, se transformant ainsi en héros national pour avoir résisté à Bruxelles. Le chancelier Merz appelle à l'unité alors qu'il s'efforce de faire échouer l'interdiction des moteurs à combustion afin de protéger l'industrie automobile allemande. Le leader du PPE au Parlement européen affirme que l'unité est plus nécessaire que jamais, tout en brûlant ses ponts avec ses alliés centristes. La liste des exemples est infinie.
Il est donc clair que « l'unité » ne signifie pas « l'unanimité » ou le consensus. Elle ressemble plutôt à une mise en garde adressée aux autres. Les autres ne doivent pas faire obstruction et doivent faire passer l'unité européenne avant leurs intérêts nationaux ou partisans.
L'Union européenne compte vingt-sept États membres (et d'autres devraient la rejoindre prochainement), plusieurs institutions, diverses familles politiques et une multitude de circonscriptions.
Les chances de parvenir à une « unité » totale sur n'importe quelle question, a fortiori sur les questions épineuses, sont nulles, même si les dirigeants ne cessent de répéter le mot « unité » comme une incantation. C'est une pensée magique, comme fermer les yeux, souffler une bougie et faire un vœu d'unité.
La « division », en revanche, est considérée comme quelque chose de mauvais. C'est étrange. On pourrait penser qu'une pluralité d'opinions contribue à une démocratie saine. Le pluralisme ne devient un casse-tête que si le système décisionnel ne le permet pas.
Au lieu d'appels creux et futiles à l'unité, les dirigeants gouvernementaux devraient lancer une réforme radicale de la gouvernance européenne. La force de l'Union européenne doit résider dans sa capacité à agir rapidement et à parler d'une seule voix, tout en tenant compte des différences de manière démocratique.
Il est temps de créer une Europe fédérale.
Ceci est une traduction du Substack hebdomadaire de Sophie in´t Veld. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement les positions officielles de Volt.
Elle a été élue membre du Parlement européen en 2004, puis réélue en 2009, 2014 et 2019 pour le D66 hollandais. Pour élections européennes de 2024, elle était tête de liste de Volt Belgique.