Brésil : Lettre ouverte à la jeunesse militante
Le poumon de la planète est en jeu. Dans trois semaines. Nous sommes concernés.
À vous tous qui manifestez aujourd'hui contre Parcoursup, qui vous battez pour vos études, vos places, votre avenir : votre colère est légitime. À toute la jeunesse européenne, qui a sans aucun doute les mêmes préoccupations : ce qui suit vous concerne tout autant.
Nous vous demandons trois minutes pour regarder plus loin que nos frontières — vers ce qui se joue en ce moment, à 9 000 kilomètres, et qui décidera du monde dans lequel vous vivrez.
Dimanche 4 octobre, Flavio Bolsonaro est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle brésilienne. Le Brésil, cinquième pays du monde par la superficie, deux fois la taille de l'Union européenne, plus de 200 millions d'habitants. Et surtout : l'Amazonie, le plus grand réservoir de biodiversité de la planète, notre poumon commun. Jamais une élection, nulle part dans le monde, n'a été autant liée à l'avenir du climat. Ce n'est pas une question de gauche ou de droite : une droite classique au pouvoir au Brésil, ce serait le choix des Brésiliens. Mais là, il s'agit d'une extrême-droite climato-sceptique, trumpiste, dont le programme prévoit explicitement de reprendre la destruction de la forêt amazonienne.
N'oublions pas d'où elle vient. Son père, Jair Bolsonaro, a été condamné pour tentative de coup d'État après l'assaut de la place des Trois-Pouvoirs en janvier 2023. Pendant son mandat, la déforestation a battu des records : 17 % de la forêt est déjà détruite. Son programme à lui ? La libération de son père, le regret de la dictature militaire de 1964, l'alignement total sur Donald Trump. Flavio Bolsonaro est le portrait craché de son père — même discours, même idéologie, En septembre 2026, à un mois de l'élection, il a en outre été officiellement visé par une enquête de la police fédérale pour corruption et blanchiment. Sa marque de fabrique : « le bœuf, les balles et la Bible », et une armée d'influenceurs rémunérés pour diffuser la désinformation auprès d'une jeunesse brésilienne parmi les plus connectée au monde — plus de 4 heures par jour sur les réseaux sociaux, recrutée dès 12 ans par des complotismes qui flattent le rêve néo-libéral et cachent la réalité.
Car le précédent est là. Entre 2019 et 2023, le gouvernement de Jair Bolsonaro avait détricoté le Code forestier, coupé les financements des agences environnementales et légalisé l'accaparement de terres jusqu'alors protégées, par des entreprises privées — provoquant une nouvelle accélération de la déforestation. Lui parti, la courbe a pu être inversée. Lui de retour, à travers son fils, elle repartirait.
Face à lui, Lula : la déforestation réduite de moitié depuis 2022 — quatre baisses consécutives, le plus bas niveau depuis 2014, près de 20 000 km² de forêt épargnés —, l'accueil de la COP30 à Belém, le pays remis sur la scène internationale, le Mercosur, plus de 20 millions de familles soutenues par la Bolsa Família, la chute du chômage et de l'inflation. Un bilan réel, imparfait, mais celui d'un État qui protège — la forêt, la démocratie, les minorités.
Et cette vague Bolsonaro-trumpiste ne s'arrêtera pas seule. Selon une enquête du Guardian révélée à trois jours du scrutin, l'administration Trump aurait prévu de verser 1 million de dollars de fonds publics à des groupes hostiles à la Cour suprême brésilienne pour y promouvoir un agenda d'extrême droite. Le procureur général du Brésil a aussitôt ouvert une enquête pour ingérence : « les tentatives d'ingérence dans les institutions brésiliennes ne peuvent pas être tolérées ».
Et pourtant, 33 millions de Brésiliens se sont abstenus dimanche — un record depuis 1998, dans un pays où le vote est obligatoire. Trente-trois millions de voix dormantes. C'est là que tout peut basculer — dans un sens comme dans l'autre.
Alors oui, nous vous appelons. Non pas à un soutien partisan, mais à un geste de survie. Si le Brésil « tombe », ce n'est pas seulement un pays de plus dans la vague trumpiste qui submerge l'Argentine et l'Amérique du Sud : c'est le poumon de la planète livré à ceux qui veulent le détruire, et avec lui des décennies de chaos climatique que vous, jeunesse, serez les premières à endurer. La jeunesse brésilienne est aujourd'hui exactement dans la situation des minorités noires et hispaniques des États-Unis qui, en 2024, ont basculé vers Trump dans des proportions historiques — gagnées par le travail de fond des réseaux sociaux, qui leur vendaient un rêve de liberté, de réussite économique et d'égalité par le mérite. Les premières actions de l'administration Trump ont été, elles, les rafles indiscriminées par l'ICE de personnes « ayant l'air » noires, arabes ou hispaniques. Or cette jeunesse brésilienne qui vote aujourd'hui Bolsonaro était, il y a encore quelques années, celle de Lula et du Parti des travailleurs : le même basculement s'est produit à Rio qu'à Miami, la même mécanique de réseaux sociaux y a retourné un électorat jeune qui n'avait aucune raison de voter pour ceux qui l'attendent au tournant. Les Bolsonaro font la même promesse à la jeunesse brésilienne : un rêve néo-libéral de liberté économique, sans entraves environnementales. Mais c'est cette jeunesse qui, au bout du compte, héritera d'un monde ravagé par les effets du trumpisme sur le poumon de la planète — et par tout l'enchaînement de catastrophes climatiques qui s'ensuivra.
Ce que vous pouvez faire, dès aujourd'hui, en trois semaines :
- Relayer les voix brésiliennes qui résistent, sur vos réseaux, en français, en portugais, en anglais — lutter contre la désinformation là où elle gagne.
- Écrire, filmer, traduire : un message personnel vaut mille slogans. Dites aux jeunes Brésiliens que l'Europe les regarde, que leur abstention de dimanche n'était pas invisible.
- Alerter dans vos lycées, vos facs, vos collectifs : trois semaines décideront du climat des décennies à venir.
Ce n'est pas le Brésil d'une gauche ou d'une droite qui se joue le 25 octobre. C'est la question de savoir si une génération qui n'a pas connu la dictature va s'y enfermer sans le savoir — et si nous, à distance, aurons regardé le poumon de la planète s'éteindre en scrollant.
La jeunesse peut se lever pour cela. Elle l'a fait pour moins. Trois semaines. Tout se joue maintenant.
Volt — et tous les chapitres Volt d'Europe, aux côtés de la jeunesse brésilienne.
Texte de César Mugerin, Volt France
Rendons à César ce qui lui appartient !