L’impasse de la répression sécuritaire

À force d’ignorer les revendications des mouvements sociaux et de se concentrer sur leur répression, nos gouvernements successifs nous ont conduits dans une spirale de violences qui ne peut que servir l’extrême droite française et européenne et saper les fondements de notre démocratie.

23 oct. 2026

Le samedi 17 octobre, les mobilisations issues des mouvements lycéens ont pris une nouvelle ampleur. Entre 550 et 800 000 personnes étaient dans les rues pour protester face aux profondes difficultés éprouvées dans le pays, entre un système d’éducation à bout de souffle et l’augmentation du coût de la vie. Alors que cela aurait dû être le moment d’une discussion approfondie sur notre modèle politique et social, il est bien trop facile de tout occulter derrière les épisodes de violence de ce week-end. À vouloir instrumentaliser des pilleurs dont à peine 20% étaient “d'ultra gauche”, à vouloir privilégier la répression violente des manifestants, pourtant pour la plupart pacifiques, au détriment de la protection des commerçants et à vouloir exposer un faux dilemme manichéen entre les violences et un supposé ordre républicain dont on ne voit guère ce qu’il aurait de démocratique, une part importante de notre classe politique et de nos médias jouent le jeu de l’extrême droite et offrent du pain béni aux puissances hostiles, Russie et États-Unis en tête. 

Notre démocratie en danger

Ne nous y trompons pas, notre modèle démocratique est aujourd’hui en danger, et non pas par l’extrême gauche comme voudrait nous le faire croire ce qui s’apparente à une désinformation d'État. Les trop larges leviers de pouvoir pour l’exécutif, comme le glissement complice du discours politique, ont pavé la voie à une bascule vers un régime illibéral si l’extrême droite prend le pouvoir l’année prochaine. Parmi de trop nombreux exemples, des préfets se vantent ouvertement de bafouer notre constitution en bloquant les démarches administratives des personnes immigrées sans être immédiatement démis de leurs fonctions pour manquement grave, un néonazi a droit à une minute de silence à l’Assemblée, les médias accordent une place disproportionnée aux violences par rapport aux revendications des manifestants (environ 75% et 25% respectivement) et les groupuscules violents d’extrême droite bénéficient d’une bienveillance coupable de la police et des préfectures pour faire régner la terreur. Ainsi, malgré le couvre-feu, des néofascistes scandant des slogans de suprémacistes blancs ont pu défiler à Lyon en toute impunité dès le 19 octobre au soir. Il est également inquiétant d’observer que la seule réaction d’une partie de la classe politique à chaque crise est de chercher à suspendre les libertés (de rassemblement avec les interdictions et couvre-feux, d’expression et d’information avec la tentation de couper les réseaux sociaux, ainsi que politique avec les appels indignes et infondés d’interdire LFI ou de faire intervenir l’armée), réflexe plutôt caractéristique d’un pays autoritaire. Pays d’Europe de l’ouest, patrie des lumières, notre histoire ne nous met pas à l’abri d’une bascule fasciste. Il est du devoir de chacune et chacun d’agir pour prévenir ce scénario tant qu’il est encore temps. D’agir pour que la France redevienne le symbole de la liberté et des droits humains universels.

Une doctrine policière dépassée

Ce samedi 17 octobre, nous avons pu assister à des interventions violentes et difficilement justifiables d’une police aux abois et surarmée. Des scènes qui pourtant ne sont pas nouvelles, nos banlieues les connaissent depuis trop longtemps déjà. Mais elles concernent tous les territoires désormais, avec un mode opératoire adapté aux pires scénarios de violences urbaines, mais pas à des manifestations. Datant de 2020 le SNMO (Schéma national de maintien de l’ordre), pourtant largement et justement critiqué pour ses insuffisances, n’est lui-même pas appliqué par les forces de l’ordre sur le terrain. Le délitement de nos doctrines de maintien de l’ordre pacifique au profit de  la confrontation violente nous a mené à un point insupportable où manifester n’est plus un droit mais un risque. Entre une militarisation injustifiée des équipements, une surmobilisation épuisante des unités et un encadrement défaillant, nos policières et policiers ne disposent pas des conditions nécessaires à la bonne tenue de leur rôle de gardien de la paix.

L’État a un important rôle à jouer pour créer un contexte moins conflictuel lors de mouvements sociaux. Premièrement il est important de reconnaître la contribution des mobilisations dans le débat public : à force d’asséner depuis près de trente ans que la démocratie ce n’est pas la rue, tout en ignorant toute force de débat démocratique (cahiers de doléances, conventions citoyennes, pétitions à l’Assemblée nationale, élections parlementaires, utilisation abusive de l’article 49.3), nos responsables politiques ont retiré leur rôle politique aux manifestations et entretenu l’idée dangereuse que pour peser sur les choix politiques, le peuple ne peut passer que par la violence. Ensuite il est essentiel de garantir l’exemplarité de nos services de police afin de ne pas nourrir de sentiment d’impunité qui accroît la défiance et la haine au sein de la population, ce qui entraîne dans un cercle vicieux un recours disproportionné à la force de la part de forces de l’ordre se sentant détestées. À cet égard, des violences ou des propos racistes de policiers restant  impunis, créent un climat bien trop explosif, surtout au regard de la sévérité des peines encourues par les participants à ces mouvements sociaux. Cette exigence de réciprocité et d’impartialité est essentielle au rétablissement de bonnes relations entre la police et l’ensemble de la population.

Volt propose donc de repenser le rôle de la police en s’inspirant du projet GODIAC (Good practice for dialogue and communication as strategic principles for policing political manifestations in Europe) porté par 9 pays européens afin de rétablir une culture centrée sur le dialogue et la désescalade, suivant le modèle dit “KCFD” (connaissance, facilitation, communication et différenciation). Volt défend la mise en place d’une agence étatique indépendante du ministère de l’intérieur chargée d’enquêter sur les dérives et éventuels abus de pouvoir des forces de l’ordre afin de remplacer l´IGPN (inspection générale de la police nationale) et l’IGGN (inspection générale de la gendarmerie nationale), ainsi qu’une meilleure protection des lanceurs d’alerte internes. La formation des effectifs de police devra également être revue pour la centrer sur les notions de désescalade et de justice procédurale.

Ce retour à ce qui devrait être une norme basique en démocratie permettra à notre police de travailler sereinement avec ses homologues européens sur les grands défis du maintien de l’ordre en Europe de nos jours : la mobilité des éléments perturbateurs et les confrontations violentes entre groupes sur la voie publique.

Apporter enfin des réponses politiques

La focalisation sur la seule répression sécuritaire a aussi, outre ses violences inacceptables, la conséquence mortifère de mettre de côté les revendications portées par les manifestants. La crise politique profonde que traverse notre pays ne peut pas et ne doit pas être réduite à un problème de maintien de l’ordre. Volt estime essentiel d’écouter les revendications des manifestants et d’apporter des réponses politiques aux crises latentes qui empoisonnent notre société.

Alors que le mouvement lycéen et ses revendications sont à l’origine de la mobilisation actuelle, Volt propose de donner un nouvel élan à l’Éducation nationale. L’urgence première est bien entendu de renforcer le nombre d’enseignants et de remplaçants pour que chaque classe ait une ou un professeur et pour permettre à terme une diminution des effectifs par classe. Volt veut plus largement restaurer l’attractivité des métiers de l’enseignement, améliorer en continu les pratiques pédagogiques et rénover les bâtiments scolaires au regard des évolutions sociétales, climatiques et technologiques. Un objectif majeur sera de favoriser un climat scolaire apaisé au sein des établissements.  Pour cela, Volt défend une refonte de la formation des enseignants pour se concentrer sur les aspects pédagogiques et de gestion de classe, une décharge administrative pour les enseignants, le développement d’espaces d’échanges entre pairs et de dispositifs d’écoute et de soutien, ainsi que l’entretien d’une relation de confiance et de responsabilisation avec les élèves.

Un autre défi structurel au cœur des revendications sociales, déjà portée par les étudiants et renforcée par l’étendue du mouvement aux “gilets jaunes”, est la question du pouvoir d’achat. Or la première pression sur le pouvoir d’achat est l’envolée incontrôlée des prix du logement, qu’on observe également dans le reste de l’Europe. Pour répondre à ce phénomène, Volt porte déjà une ICE (initiative citoyenne européenne) afin de défendre le droit au logement en Europe. Via cette ICE, Volt veut mettre fin à la spéculation, garantir l'accessibilité économique à long terme, réhabiliter les logements vacants, stimuler la rénovation, instaurer un droit au maintien dans les lieux et créer une Agence européenne du logement pour coordonner l’ensemble de ces actions. Si cette initiative recueille un million de signatures à travers l’Europe, cela forcera la Commission européenne à agir sur le sujet.

Enfin, Volt souhaite développer au plus vite l’indépendance énergétique européenne afin de stabiliser les prix de l’énergie et par-là réduire leurs pressions inflationnistes sur l’ensemble de l’économie. Notre dépendance aux énergies fossiles, pétrole et gaz en tête, nous rend vulnérables aux crises géopolitiques mondiales. Nous l’avons vécu avec le gaz suite à l’agression russe de l’Ukraine, nous le vivons à nouveau avec le pétrole suite à la guerre en Iran. Le déploiement des énergies bas carbone en Europe est d’autant plus prioritaire qu’il répond à un double enjeu : limiter le réchauffement climatique et nous épargner les conséquences des chocs énergétiques mondiaux sur les prix des énergies fossiles.